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Faut-il écrire avec des emojis ?

émotion

L’émotion est semble-t-il ce qui nous manque le plus à l’écrire, du moins c’est ce que pensent les jeunes générations qui compensent en écrivant avec des smileys, emojis et autres images.

Ce besoin est né au Japon où l’écriture est par essence idéographique : l’image, c’est le texte. 

En ce sens, ce besoin n’est pas présent dans les cultures qui se sont développées autour d’écriture alphabétique. Ceci est particulièrement vrai pour l’alphabet latin, qui est le plus utilisé au monde du simple fait que c’est l’alphabet des principales langues véhiculaires (anglais, espagnol, français, portugais) à de rares exceptions près (russe et arabe). 

Ainsi, dans les traditions littéraires occidentales, l’émotion a toujours été communiquée à l’écrit sous la forme de figure de styles telles que la parabole ou la métaphore. L’image prend forme par une suite de mots alors qu’en Orient l’image prend forme littéralement via une suite de traits de pinceau ou de crayon. 

La présence de l’emoji dans les écritures des outils de communication numérique est en quelque sorte la marque d’une orientalisation de l’écriture, même si ce phénomène a été adapté avec des codes particuliers en fonction des régions et pays où cette pratique s’est développée.

Doit-on adopter massivement l’emoji, dans nos e-mails, dans nos lettres manuscrites ? Ou bien, au contraire, faut-il que cette pratique reste cantonnée à certains canaux de communication tels que les réseaux sociaux ou les messageries instantanées ? 

On peut voir que cette utilisation a deux avantages indéniables et immédiats : le gain de temps et l’expressivité. Faut-il pour autant abandonner l’écriture littéraire ?

À priori, je serais tenté de répondre que non, du fait que les mots apportent une plus grande richesse de nuances et que les emojis contrairement aux idéogrammes chinois par exemple ne peuvent pas s’associer pour former de nouveaux mots – du moins jusqu’à présent -. Les emojis sont en soit des écritures archaïques dans le sens où tous les caractères idéographiques ont commencé comme étant des représentations littérales de ce qu’elles étaient censées représenter. 

La force de l’emoji est qu’il s’associe au texte pour lui apporter l’émotion et écarter toute ambiguïté. 


On peut dire qu’on n’a pas la chance de pouvoir écrire des bijoux de littérature chaque jour du fait de l’exigence du travail quotidien de la vie moderne et des interruptions sans fin dont nous faisons l’objet. Néanmoins, l’écrire littéraire ou du moins soignée forme l’esprit et le cerveau au sens littéral. Il y a une relation immédiate entre la maîtrise du vocabulaire et le développement cognitif. Ainsi, s’astreindre à écrire de manière appliquée et nuancée avec des mots plutôt qu’avec des emojis au moins une fois par jour, contribuerait à vous rendre plus intelligent. Cela pourrait constituer l’un de vos exercices mentaux quotidiens de la même manière qu’aller à la salle de sport entraîne votre corps.

L’écriture « traditionnelle » développe l’intelligence linguistique alors que l’écriture utilisant des emojis développe davantage l’intelligence intrapersonnelle. En effet, lorsqu’on utilise une image reflétant notre moral, notre état d’esprit, il faut faire un véritable effort d’introspection afin de valider si oui ou non cet émoji représente notre « monde intérieur ».

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