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Lanceurs d’alerte, hérauts souvent promis à leur perte

lutte

C’est à la fin des années 90 que le terme « lanceur d’alerte » est apparu. Depuis, trop souvent employé, galvaudé et mis en avant pour des causes mineures on oublie le courage et la noblesse inhérents à cette appellation. Le lanceur d’alerte est un homme confronté à des agissements illicites qui au lieu de fermer les yeux prend conscience du préjudice d’intérêt général et décide d’agir seul. C’est un individu qui préfère que la vérité soit révélée publiquement, pour le bien commun, au risque de connaître d’incessantes représailles et d’être exposé à des menaces de mort. Faisant preuve d’une éthique et d’un sens du devoir exceptionnels, il perce à jour et démantèle des engrenages corrompus hyper puissants. Il perd dès lors son anonymat et devient du jour au lendemain une cible. Lorsqu’il s’agit d’un occidental dénonçant des cas de pédophilie, de fraude ou d’intoxication notre société lui permet d’être protégé (bien que le secret des affaires en France complique parfois ce que l’union européenne lui concède comme soutien). En revanche, si le courageux personnage a la malchance d’être né dans un pays pauvre ou émergeant – en Amérique latine par exemple, la plupart du temps, ses jours sont comptés. En 2018 on a dénombré plus de 80 hommes assassinés qui s’étaient engagés pour défendre l’environnement et dénoncer la déforestation, des projets miniers ou des exploitations telles que celle de l’huile de palme. Non seulement ces hommes n’ont pas moins de mérite qu’Edward Snowden ou Mary Baron, mais leur lutte et leur engagement sont aussi physiques: ils résistent, ils s’opposent. Une simple confidence faite à un journaliste ne suffit pas à interrompre le crime en marche dans ces régions; ils sont impuissants et payent leur intégrité de leur vie. Si les lanceurs d’alertes européens sont à plaindre car ils sont condamnés post médiatisation à déménager, qu’ils voient les lobbies qu’ils attaquent nier et reconduire sans fin les procès et qu’ils peinent à se reconvertir professionnellement, que faut-il penser de destins comme celui de Nazildo dos Santos Brito ? Un anonyme sacrifié dont on a à peine entendu parler. Son engagement pour l’environnement était pourtant un sujet capital pour le monde actuel : des centaines de milliers d’hectares sont décimés, augmentant entre autres les rejets de gaz à effet de serre au profit de la culture de palmiers à huiles. Il ne s’agissait donc pas d’un salarié scandalisé, mais d’un brésilien amoureux de sa terre qui ne supportait pas de voir la mondialisation progresser et détruire sa richesse. Comme certains prophètes, il était prêt à mourir au risque d’être incompris et ignoré jusqu’au bout. A la différence que personne ne relaie son action et que son sang est versé en vain.

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