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Éduquer quelqu’un consiste à faire en sorte à ce qu’il ne pense pas qu’à son seul intérêt

Lorsque l’on parle d’éducation de nos jours, on pense presque exclusivement à l’idée d’instruire, d’inculquer des compétences. Or, cette vision est restrictive et même déviée de son sens initial. L’éducation consistait avant tout chose à transmettre un ensemble de valeurs qui avaient pour but de rendre l’individu honorable, digne de confiance, valeureux ou encore loyal. Cette vision de l’éducation est là pour mettre à l’individu de s’intégrer au corps social.

Essentiellement, il s’agit de faire en sorte que l’intérêt du groupe domine celui de l’individu dans la tête de l’individu lui-même, tout en réalité permettant à la préservation de l’individu. C’est donc en étant en apparence altruiste qu’on assouvit un besoin égoïste. Si tous les individus qui composent un groupe se maintiennent individuellement, c’est parce qu’ils ont placé le groupe au centre de leurs préoccupations. À l’inverse, tous les individus composant un groupe qui voudraient se sauver égoïstement en assouvissant uniquement leurs besoins individuels et négligeant leurs obligations sociales s’exposeraient à deux châtiments : la disparition du groupe et à terme une menace pèserait sur leur intégrité en tant qu’individu.

Un groupe sans cesse plus grand

Les préoccupations environnementales et humanistes répondent à ce même besoin indirect de préservation de l’individu. Si je me soucie de l’environnement, ce n’est pas par altruisme absolu, du moins inconsciemment, c’est bien le contraire. C’est par une conscience plus ou moins évidente que ce qui entoure l’homme et a fortiori la société (ce qui l’environne, c’est pourquoi l’on parle d’environnement) a une directe incidence sur le groupe humain et les individus qui le composent.

L’éducation devrait être la synthèse des savoirs et comportements nécessaires à la subsistance

Si à une époque les sciences et techniques constituaient les principaux domaines d’instruction, c’est en partie parce qu’il fallait former en masse les cadres d’une économie industrialisée. En mettant accent sur les sciences, on allait accroître les chances de produire des prodigues des sciences et des contremaîtres efficaces qui pourraient concevoir les inventions de demain (et encadrer les ouvriers efficacement) qui pourraient aider le pays à prendre le dessus sur les autres nations. Ceci est particulièrement vrai pour des puissances comme l’Allemagne qui ont basé leur succès sur leur industrie lourde. L’Angleterre à l’inverse, de par sa géographie insulaire avait davantage favorisé l’esprit entrepreneurial et commercial de son peuple qui lui aurait permis de tirer d’immenses richesses de ses conquêtes militaires et alliances. Ainsi, tout ce qu’on nous a enseigné contribue à préserver un groupe humain. La notion de groupe passant progressivement de la famille, au clan, à la tribu, à la nation puis à l’humanité tout entière, les savoirs enseignés ont évolué.

Les différents niveaux de subsistance

Les besoins du clan sont assez simples, il faut se nourrir et se défendre. Savoir capturer de la calorie (élevage, agriculture, razzia etc.) pour la ramener au groupe est important comme la capacité de se défendre. C’est pourquoi l’éducation clanique est très souvent martiale.

La nécessité de transmettre les savoirs permettant de sauvegarder le groupe le plus grand

Il existe encore aujourd’hui des velléités claniques et tribalistes censées protéger les clans et les tribus dont elles émanent. Ces mêmes volontés naissent parfois de la réaction à des courants d’idées qui tendraient à les détruire, du moins à les détruire, dans un amas informe. Ainsi, les courants écologistes peuvent être vus comme une menace parce qu’ils conduisent à négliger la notion même de nation et les particularités territoriales sur lesquelles elles se sont installées. L’écologie tend à voir le monde sans frontière et l’humanité comme une et indivisible. Or, ce n’est pas la façon de voir de la totalité des peuples qui assument et revendiquent leurs spécificités. Il est donc normal que ces courants de pensée aillent au clash.

La nécessaire exemplarité des élites

On ne peut pas gouverner sans autorité morale, autrement l’usage de la force est nécessaire. Lorsque les élites sont corrompues, il est impossible de véritablement empêcher la corruption à tous les échelons d’une société, c’est pourquoi il est essentiel d’incarner le comportement que l’on veut retrouver partout ailleurs.

La prédation contre la culture

La civilisation s’est toujours opposée aux barbares par le fait qu’elle était capable de produire elle-même, ce que les barbares avaient besoin de voler. Une autre manière de regarder serait de dire que la civilisation est aussi une forme de pillage organisé. Lorsque Rome envahit la Gaulle, elle ne le fait pas par générosité civilisationnelle, non, c’est avant tout pour créer un passage vers sa colonie ibérique et s’approprier une partie des richesses favorables à son développement (terres, esclaves et ressources en tous genres…). Si Rome n’est pas barbare par définition, elle n’en reste pas moins un formidable projet d’accaparement des ressources sur tout le pourtour méditerranéen. Aussi, je ne crois pas à une différence de nature entre des comportements de barbares et de civilisés. Tous deux tendent à s’emparer de ressources. La différence est leur rapport au temps et leur efficacité. Une civilisation est meilleure sur le long terme pour exploiter le travail des gens alors que des pillards nomades ne pourront jamais vraiment industrialiser leurs méthodes. S’ils veulent passer à une échelle supérieure, ils devront avoir recours à l’empire et donc à la civilisation qui en découle.

L’intérêt commun n’a de sens que lorsqu’il sert au bout du compte l’intérêt personnel

Comment expliquer l’attitude réfractaire de certains membres d’une communauté à en suivre les règles ? Le plus souvent, cela est dû à l’incompréhension que les règles communes sont là pour servir chacun. La non-soumission aux règles est potentiellement à l’une de ces choses : l’individu se sent étranger au groupe qui l’accueille et il manifeste son caractère exogène en ne se soumettant pas à elles ; ou bien il n’a pas assimilé les raisons de la soumission aux règles, auquel cas, il manque d’éducation.

L’éducation est le reflet d’une allégeance

En somme il n’existe pas d’individu sans aucune éducation. Il existe simplement des éducations contraires aux mœurs du groupe au sein duquel il appartient. S’éduquer, c’est développer une allégeance à l’égard d’une communauté qui assure en principe notre subsistance. Quelqu’un qui aurait par exemple appris à voler au sein de sa famille deviendrait de fait ennemi d’une communauté où le vol est interdit. Il devrait dès lors choisir, soit de continuer ses pratiques familiales et perdre l’opportunité de rejoindre un groupe plus grand, soit abandonner cette habitude et potentiellement être exclu de sa famille. Le monde est en général bien fait de sorte que les règles familiales sont en accord avec les règles des groupes plus grands (pays, groupe religieux etc.).

Pour créer une mode de paix et d’harmonie, il faudrait créer une allégeance irrésistible vers un modèle qui protège le plus d’individus et d’espèces

Pourquoi certaines personnes résistent-elles aux appels de la civilisation ? C’est sans doute parce qu’elles ont l’impression que leur nouvelle allégeance leur accorderait moins de sécurité ou de bénéfices. Prenons l’exemple des castes en Inde, pourquoi les gens continuent-ils de se marier au sein d’une même caste alors même que la notion de caste est officiellement abolie ? C’est tout simplement parce que les gens pensent que l’État ne les protégera pas autant que leur famille (ou leur caste dans un sens large). S’ils viennent à enfreindre le mariage intra-caste, ils s’exposent à de graves conséquences puisque leur famille les rejettera le plus souvent, ce qui pourra les jeter dans l’indigence s’ils perdent leur travail ou d’autres choses. Si le groupe supérieur en taille ne peut pas apporter les mêmes protections (sécurité, réputation, travail, relation au sacré et à la transcendance, reproduction etc.), il ne sera nullement choisi par des groupes inférieurs.

Créer un groupe attrayant

Pour inciter l’entièreté du monde à avoir un comportement altruiste et bienveillant à l’égard de l’ensemble des hommes voire des espèces, il faut lui créer un narratif approprié ainsi que des garantis tangibles que tous les besoins de l’individu y seront comblés. À quoi bon par exemple permettre aux gens d’assouvir leurs besoins de transcendance alors qu’on est incapable de les nourrir ?

Pour changer massivement le comportement des gens, par exemple qu’ils soient plus écologistes, il faudrait que leur changement de comportement leur soit plus bénéfique au total : par exemple qu’ils gagnent plus d’argent, de respect, rencontrent des gens, améliorent leur estime personnelle etc. Ceci ne sera possible que lorsque le monde aura acquis un niveau de développement suffisant. Le développement moral peut souvent être une conséquence d’un développement économique ou technologique. Pourquoi les États-Unis ont-ils aboli l’esclavage ? Ce n’est pas par charité mais bien parce qu’un pays industrialisé est plus productif s’il fait appel à des usines plutôt qu’à une main-d’œuvre massive. La production sans mécanisation est une manière sous-optimale de faire. C’est en partie pour cela que des pays comme le Yémen ou l’Arabie saoudite ont aboli officiellement l’esclavage tardivement – il est hélas toujours pratiqué -, dans la seconde moitié du XXe siècle. La richesse conséquente à l’industrialisation engendre une amélioration des conditions de vie des humains.

Quelles devraient être les conditions de vie permettant une conscience humaniste et écologiste ?

Il faudrait en somme que le monde entier acquière un niveau de développement au moins égal à celui du Danemark aujourd’hui. Pourquoi les pays scandinaves sont égalitaires ? C’est en partie du au fait qu’ils sont restés païens plus longtemps que les autres. Les sociétés païennes du Moyen-Âge étaient moins hiérarchiques que les sociétés féodales catholiques de l’ouest de l’Europe. Au-delà de cette dimension culturelle, il y a une réalité : les pays scandinaves ont une richesse par habitant supérieur à la plupart des pays européens. Cette richesse crée de plus grandes valeurs égalitaristes.

Pour résumer :

L’éducation a un rôle fondamental dans la société. Elle le signe de son allégeance. Pour envisager un moment plus inclusif, il fait que le monde devienne plus riche par habitant.
Quelqu’un qui s’éduque, le fait pour rejoindre une allégeance qui lui apporte plus de bénéfices que sa seule famille ou tribu. L’intérêt collectif est là pour servir l’intérêt personnel.

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