You are here

La quatrième sphère de souveraineté

souveraineté

Il existe 3 champs traditionnels de souveraineté dont nous n’avons pas tous conscience : la famille, la nation et l’entreprise.   

La famille 


Il s’agit du premier lieu historiquement où se sont formées les règles de vie en communauté. Par la suite, le noyau familial s’est élargit à celui de la tribu. Tant qu’il n’y a pas eu d’organisation hiérarchique d’une société, on peut presque que dire que les règles de vie de la famille pouvaient s’appliquer à l’ensemble d’une société. Avec la spécialisation des tâches et la nécessaire hiérarchisation qu’elle implique, la règle de vie en société se sont distinguées des règles de vie en communauté occasionnant parfois des conflits de souveraineté tant la limite entre les deux sphères est poreuse. Typiquement la famille est le lieu où se joue un simulacre de royaume : un (patriarcat) voire deux souverains (les parents) qui appliquent leur loi à des sujets (une progéniture). 

La nation (la dimension sociétale)

Lorsqu’un groupe d’individus grossit, l’approche collectiviste atteint ses limites. Il s’opère une transition qui impose l’émergence d’une loi sociale coexistant avec la loi familiale. D’après le nombre de Dunbar, on ne peut pas entretenir des liens de proximité avec plus de 150 individus, d’où la nécessité d’établir des règles favorables à la vie en communauté. La société impose sa force parce qu’on appelle communément les pouvoirs régaliens : frapper la monnaie, imposer la justice, détenir le monopole de la force légitime (à l’intérieur) et la défense du territoire contre des agressions extérieures. 

L’entreprise 

Jusqu’à l’industrialisation du travail et la massification de l’éducation, la loi de l’entreprise pouvait se confondre avec celle de la famille : les entreprises étaient avant tout familiales et les activités qui ne l’étaient pas étaient souvent en lien avec les pouvoirs régaliens (donc les lois de la nation s’imposaient à elles). L’entreprise avec des valeurs, ses codes, ses symboles (logo, nom de marque etc.) peut se présenter comme étant le prolongement des seigneurs féodaux : un chef d’entreprise conduisant des personnes à entreprendre des opérations de captation ou création de richesse. Ici l’entreprise ne part pas en guerre au sens littéral du terme en tentant de capter des territoires et les serfs qui y vivent, elle conquiert des parts de marché et parfois absorbe ses concurrents par voie de fusion ou d’acquisition. L’entreprise est le vassal moderne, il travaille pour un roi (ici la nation ou l’État) à qui il paie des impôts et pour qui il est prêt à se battre sur la scène internationale (particulièrement vrai pour les multinational). Malgré cette allégeance, l’entreprise est un lieu où les règles de vie et de travail sont différentes du reste de la société (droit du travail et conventions collectives propres à chaque secteur). 

La quatrième de souveraineté : votre téléphone 

Il y a une nouvelle sphère d’influence et de souveraineté qui échappe aux trois autres et qui tend à produire une culture mondialisée et décérébrée : votre téléphone. Nous nous en sommes tous rendu compte, le téléphone a une emprise grandissante sur toutes les générations. Les règles de vie et de comportement organisées par les 3 autres souverainetés s’en trouvent chamboulées. Il est flagrant qu’aujourd’hui, les modes de vie sont dictés par le mimétisme virtuel, l’injonction ou la persuasion des influenceurs (terme à juste à titre) – eux-mêmes engagés dans une course effrénée – 

et les applications en tout genre. Cette nouvelle étape de perte de souveraineté n’augure rien de vraiment rassurant car les valeurs proposées par ces nouveaux outils sont avant tout mercantiles et reposent sur un jeu constant à la comparaison narcissique. Les différentes sphères de souveraineté d’avant le monde d’internet n’étaient pas parfaites, mais elles avaient l’avantage d’offrir un partage des pouvoirs. Le monde qui vient pourra être une dictature technologique faisant voler en éclat les anciens modèles de société. 

Related posts