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La jachère : le nouvel impératif économique contemporain ?

jachère

Comment appliquer un principe multiséculaire à nos vies

La jachère fait partie du système triennal que constituait l’assolement. L’assolement ou “rotation des sols” était largement répandu dans les systèmes de culture agricole médiévaux. Le principe était le suivant : on divisait la terre en trois parties afin de permettre à la fois productivité et régénération des sols. Les trois piliers de ce système étaient la production de céréales, la production de légumineuses et le repos de la terre – ou jachère -. Ce triptyque était capital et il était bien intégré par les sociétés paysannes qui en chérissaient les bienfaits. Ce n’est qu’à l’avènement de l’ère moderne que ce système a complètement disparu, précisément à l’ère de l’agriculture industrielle qui repose sur le diptyque production et engrais / pesticides. 

On peut raisonnablement avancer l’idée que les sociétés européennes et d’ailleurs (la jachère ou son équivalent a été en réalité pratiquée sur les 5 continents à plus ou moins grande échelle) possèdent un inconscient collectif dans lequel il y aurait de réelles vertus associées au repos. 

La jachère intellectuelle est celle qui permet de nourrir l’esprit, elle est essentielle aux artistes qui intègrent dans leur organisation un temps nécessaire à l’acquisition de nouveaux savoirs, au développement de nouvelles compétences ou encore à l’assimilation de techniques. 

Pourquoi est-il important d’intégrer le principe de l’assolement à nos vies ? 

Tout simplement parce que nous sommes dans une phase transitionnelle : celle correspondant au passage d’un monde industriel à un monde “artisanalisé”. Nous allons revenir dans une certaine mesure à une ère pas si éloignée de nos aïeux vivant à des époques préindustrielles. Nous n’en sommes pas tous conscients, il n’en est pas moins vrai que ce processus est à l’œuvre. 

Dans les cultures préindustrielles, ce qui compte avant tout c’est la qualité du travail de bout en bout. Par définition, les emplois à l’ère industrialisée correspondent à un maillon d’une chaîne qui peut-être plus ou moins facilement remplacé. L’hyperspécialisation industrielle crée des gains en productivité, mais elle crée aussi la remplaçabilité sinon la banalité des salariés. À l’inverse, un artisan est unique, les compétences, connaissances et savoirs qu’il maîtrise sont bien plus nombreux, il n’est pas le maillon mais la chaîne. Il est en compétition sur un terrain différent ce qui l’oblige à puiser dans une organisation s’inspirant de l’assolement. Quels sont les trois piliers de cette structure ? 

  • La production de céréales : la phrase productive à proprement parler
  • La production de légumineuses : la phase semi-productive

→  Il se forme et produit tout en essayant de nouvelles approches afin d’en mesurer les résultats et l’efficacité. 

  • La jachère : la phase improductive en apparence. 

→ Elle correspond à la période durant laquelle l’artisan nourrit son art, son savoir-faire. Il fait quelque chose qui en apparence n’a rien à voir. Il part à la recherche de nouvelles idées que ce soit par la lecture ou les voyages par exemple. 

Cette structure se répète à l’infini afin de permettre une amélioration continue selon une approche itérative.

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