You are here

Le rôle insoupçonné de l’argent dans la société 

rôle insoupçonné de l’argent dans la société

Acquérir un statut au sein des sociétés modernes revient le plus souvent à faire fortune, que celle-ci soit bâtie sur une activité plus ou moins honorable.

La richesse n’a pas toujours été un élément central de la respectabilité. Il fut un temps, dans des périodes où les groupes humains étaient plus réduits et ne vivaient pas systématiquement dans des villes, où d’autres valeurs se démarquaient bien davantage.

La respectabilité se construisait au sein de structures familiales ou tribales. Par la suite, ces valeurs ont été exportées dans les villes où elles ont été remplacées par des mérites issus du monde capitaliste.

L’argent est utilisé pour compenser le manque de vertu

Dans les société anciennes, la solidarité familiale et clanique comptait plus que tout. La générosité, le courage ou la bienveillance étaient les piliers du fonctionnement social et elles prenaient diverses formes. Ainsi, la générosité pouvait se matérialiser par les convenances à respecter lorsqu’on avait un ou des hôtes à la maison. Cette valeur prenait aussi la forme de tontine qui permettait notamment à un ou plusieurs membres de la famille d’être financés dans leur aventure entrepreneuriale.

La modernité a changé cette situation. Les groupes humains ont été éparpillés sur les territoires et ils ne se conçoivent dès lors plus en éléments d’un groupe familial mais davantage en individus libres et émancipés. Cette émancipation du groupe familial les pousse à une course aux honneurs répondant aux codes de la société de consommation. L’enrichissement est finalement la principale motivation auquel s’ajoute le prestige du travail en question.

Dans une société où les valeurs ont été rebattues comme les cartes d’un jeu de poker, il est semble-t-il apparu comme étant plus simple de se montrer méritant par l’argent qu’on a accumulé. Dans une société qui place la valeur travail au centre, ce raccourci pourrait sembler efficace. Or, la richesse n’est pas le résultat systématique d’une somme de travail accompli avec acharnement. Certes, le travail est nécessaire, mais il faut l’associer à une vision stratégique qui seule permet de considérer l’enrichissement comme une voie possible.

Étant donné que les valeurs traditionnelles susmentionnées ont tendance à disparaître, il est devenu plus simple de faire l’étalage de sa valeur en exposant ses richesses. Cette tentative de substitutions bien que fonctionnant dans les entreprises, qui constituent à elles seules des micro-sociétés, elles ont toujours du mal à passer dans la “société réelle”, là où les valeurs familiales peuvent rester vivaces. En effet, bien qu’une grande partie de nos journées soient occupées aux tâches laborieuses, il n’en reste pas moins que nous restons des êtres sensibles mus par la notion de sacré et rejetant le profane lorsqu’il s’immisce dans des sphères où il n’a pas sa place.

La richesse numéraire reste encore aujourd’hui un élément étranger des rapports familiaux – du moins dans la majorité des cas -. Bien que le foyer familial soit dans une certaine mesure le lieu d’accumulation du capital, il reste aujourd’hui un espace où les valeurs humaines sont cultivées de telle sorte qu’elles infusent dans tout le reste de la société.

Une famille dont les membres interagissent uniquement selon le prisme de l’argent aurait du mal à garder sa cohésion. Elle pourrait en effet se disloquer vers une autre famille proposant de meilleures conditions financières telle un employé allant chercher meilleur offrant. Les valeurs intangibles de la famille la rendent résiliente face aux assauts de la société mercantile. Un individu qui est seulement riche au sein d’une famille ne peut obtenir le respect qu’il recherche. Il faut qu’il associe cette qualité au courage, à la générosité et à la bienveillance. Auquel cas, l’argent joue un effet multiplicateur.

Le problème d’avoir une mentalité comptable

L’argent peut parasiter l’esprit humain puisqu’il peut insinuer une mentalité comptable, c’est-à-dire introduire l’idée de gain et de perte entre les membres d’une même famille. Concrètement cela revient à faire les choses par intérêt : espérer un retour de nos actions et éviter d’investir du temps dans des relations parce qu’elles ne nous bénéficient pas directement.

Cette mentalité est problématique parce que le but d’une famille n’est pas essentiellement de tirer un profit mais plutôt de perpétuer une culture et un patrimoine (génétique ou de capital). Alors bien sûr, la perpétuation d’un capital implique un intérêt matériel. Cependant, celui-ci est subordonné à une assimilation des valeurs et de la culture familiale. Un membre qui n’aurait pas assimilé suffisamment les valeurs et la culture familiale pourrait se retrouver ostracisé, ce qui de fait compromettrait son éligibilité à recevoir le capital familial.

Un certain amour désintéressé est ce qui motive les parents à l’égard de leurs enfants. Ainsi, une mentalité comptable est difficilement appropriée dans de telles circonstances.

Avoir été trop façonné par les valeurs de l’entreprise nous rend parfois incompatible d’incarner les valeurs familiales. La notion de pertes et de gains étant généralisée, il paraît difficile de vouloir créer une famille en y incorporant des valeurs issus de la sphère économique.

Avoir le choix entre être bon ou avoir du succès

La course aux honneurs peut être pavée de dilemmes et autres choix cornéliens dans lesquels nous sommes amenés à nous décider entre l’enrichissement et la corruption de certaines de nos valeurs. Si nous ne prenons pas garde, nous finissons petit à petit par devenir quelqu’un d’autre, ou du moins quelqu’un que l’on ne respecte pas sincèrement. Il est tentant d’accepter des propositions immorales si elles nous sont bénéfiques. Au fur et à mesure de ces prises de décision, on peut vraiment ternir notre réputation et notre amour-propre. Faire le choix de la morale peut être douloureux à court terme mais il est bien souvent bénéfique sur le long terme, dans le cas le vrai succès prend la forme d’une trajectoire cadrée par nos valeurs.

Bénéficier d’une injustice

Nous bénéficions tous d’une ou plusieurs injustices et le plus souvent elles passent inaperçues. Parce qu’il est difficile de voir le tort que l’on cause lorsqu’il nous avantage, on peut se retrouver dans le camp des oppresseurs sans nous en rendre compte surtout si on ne fait pas l’effort de vouloir changer les choses. Ainsi, un homme par rapport à une femme bénéficie qu’il le veuille ou non, d’une forme de privilège dans la plupart des sociétés, surtout si elles sont traditionnelles. Ne pas reconnaître cette réalité est à mon sens le signe que l’on fait un peu partie du problème. S’il est difficile de vraiment agir en faveur d’une cause, je crois que l’idée est de se mettre dans une situation où l’on subit soi-même l’injustice. Cela pourrait revenir à un homme de voyager dans un pays où les gens sont très différents de lui, il subira sans doute une forme de discrimination – pouvant être en partie positives – qui le rendra plus compatissant à l’égard des gens qui subissent d’autres injustices.

Related posts

Laisser un commentaire

Guide vers l'entrepreunariat

Vous allez recevoir le document.

Il y a eu une erreur en essayant d’envoyer votre demande. Veuillez essayer à nouveau.

Je hais les spams : votre adresse email ne sera jamais cédée ni revendue. Politique de vie privée.