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La civilisation de stock versus la civilisation de flux

flux

Nous assistons à divers changements de modèle de pensée. Au cours de la dernière décennie, on a pu assister à une accélération de ces mutations qu’a rendu possible la technologie. Quelle est la nature de ces changements ? Peut-on simplement les regrouper autour d’une idée générale vers laquelle tous convergeraient ? 

On peut observer des changements à tous les niveaux de nos sociétés : professionnels, économiques, techniques, esthétiques etc. Cependant, si l’on prend un peu de recul, on pourrait avoir une vue d’ensemble autour de l’idée générale de flux.

Que signifie ce concept et à quoi s’oppose-t-il ? 

Le flux est l’idée qu’on préfère consommer un service plutôt que posséder un produit. Ceci est particulièrement vrai dans l’industrie musicale ou cinématographique : les gens souscrivent davantage à une offre leur permettant d’accéder à un catalogue pléthorique plutôt que de vouloir posséder l’article en question. Cette tendance vers une consommation de flux par opposition à une consommation de stock est visible à des secteurs aussi variés qu’importants comme le transport (louer un véhicule plutôt que l’acheter), l’immobilier (louer un espace professionnel pour de courtes durées en totale flexibilité), la nourriture (souscrire à un service mensuel de livraison de produits frais) etc. Dans d’autres secteurs, ces changements sont cosmétiques ou tout simplement inexistants. On remarque qu’au-delà de la consommation, la mentalité des gens est impactée par cette idéologie du flux, d’ailleurs n’est-ce pas compréhensible étant donné que la civilisation humaine est celle du paradigme dominant de la consommation ?

Essayons de relever quelques modifications d’ordre sociologique ou psychologique qui pourraient trouver leur source dans l’idéologie du flux. 

L’idéologie du flux est caractérisée par le choix, l’absence d’engagement que l’on pourrait même associer à l’idée de liberté. 

L’idéologie du stock est au contraire liée à l’idée d’engagement, du sentiment de possession et à l’enracinement. 

Voici quelques observations d’ordre sociologique qui pourraient être imputées (ou pas) à l’imprégnation de valeurs issues de la société de flux : l’augmentation du nombre de divorces, la disparition des liens intergénérationnels, l’extrême mobilité professionnelle ou encore l’isolement dont souffrent tous les générations. 

La société de flux nous donne le choix, elle est volontiers plus quantitative. On remarque avec le temps que la quantité implique une exigence de qualité du fait de la concurrence. Il n’est ainsi pas rare d’observer une meilleure expérience client d’un service issu du monde du flux – qu’on appellera nouveau monde – à celui issue de l’ancien monde (ex : VTC vs taxi, les services de livraison, la restauration etc.). Autre paradoxe, l’absence d’engagement crée une plus grand fidélité des utilisateurs. On remarque en effet qui peuvent s’en aller à tout moment, restent en fait plus fidèles parce que les plateforme de service veillent constamment à assurer leur satisfaction.

Peut-on transposer cette observation dans le champ des relations humaines ? D’une certaine manière, on peut répondre par l’affirmative. Par exemple, le fait que les femmes soient libres de choisir leur époux – par opposition à celles qui se voyaient obligées d’accepter un mariage arrangé, le plus souvent endogamique – crée la nécessité pour les hommes de se développer à tous les niveaux de leur être. Ainsi, un homme ne doit pas seulement être une source de sécurité matérielle pour la femme – d’ailleurs, il ne l’est bien souvent plus car la femme travaille – mais une personne ayant une sensibilité pour pouvoir combler la femme à d’autres niveaux (intellectuel, émotionnel et spirituel). Cette compétition rendue possible par l’existence du choix crée en réalité les conditions favorables pour trouver l’âme sœur. Bien sûr, on peut assister à une corruption de ce modèle particulièrement lorsque c’est le plaisir seul qui guide le choix des personnes dans leur union. Trop souvent les couples se forment et se défont parce qu’il y a la recherche unique de passion. Cette recherche crée une insatisfaction dans les mariages aussi grande que celle liée à la seule poursuite de la sécurité financière. L’augmentation du nombre de divorces est la conséquence d’une idéologie hédoniste qu’il ne faut pas confondre avec l’idéologie du flux. 
La liberté crée l’engagement consenti alors que l’absence de liberté crée un engagement forcé. Ainsi, les usagers des trains bien que mécontents, utilisaient tout de même le train parce qu’ils n’avaient pas d’alternative. La civilisation du flux qui est en encore qu’à son éclosion peut être une source d’amélioration de la vie des gens si elle promeut une recherche holistique des besoins humains et non seulement basées sur le plaisir.

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