Le monde appartient à ceux qui font, avant les autres, des choix différents. Or choisir, c’est déjà une manière de penser. Vivre en avance sur son temps, c’est d’abord apprendre à penser autrement. Pour prendre de l’avance, il faut lire ce que les autres ne lisent pas, aller là où ils ne vont pas et parler à ceux à qui personne ne parle..
Devancer, c’est dominer
Devancer, c’est dominer. Cette avance ne s’acquiert pas facilement, car elle exige trois choses : développer des croyances contraires à celles de la masse, accepter d’avoir raison quand le reste du monde a tort, et agir en permanence en accord avec ces convictions. Pour prendre les devants et les maintenir, il faut faire de l’inconfort une habitude : accomplir régulièrement ce que les autres n’osent pas.
Apprendre à sortir des sentiers battus
Apprendre à sortir des sentiers battus, c’est accepter de quitter les autoroutes mentales de la majorité pour explorer des voies intérieures nouvelles. Cela suppose de se nourrir d’idées étrangères à son environnement habituel, d’en expérimenter quelques-unes et d’observer honnêtement leurs effets, comme un chercheur le ferait en laboratoire. Il s’agit, en réalité, d’une méthode scientifique appliquée à sa propre vie. Ceux qu’on dit “en avance” sont, le plus souvent, ceux qui se sont rapprochés de la vérité plus tôt que les autres. Un avant-gardiste ne peut pas être plus loin de la vérité que la foule sur le long terme ; il en raccourcit simplement la distance, notamment en fréquentant ceux qui l’ont déjà découverte partiellement.
Se défaire des pensées d’endoctrinement
Notre éloignement de la vérité s’explique en grande partie par l’endoctrinement précoce auquel nous sommes soumis. Dès l’enfance, une multitude de croyances limitantes se déposent en nous et obstruent peu à peu notre accès au réel. Les religions illustrent bien ce paradoxe : elles portent souvent un noyau de vérité, mais les systèmes cultuels qui les entourent se sont, au fil du temps, modelés pour gouverner les foules, travestissant le message initial. Les grands monothéismes, lorsqu’ils érigent leurs fondements en dogmes intouchables, ferment la porte à la critique et laissent prospérer le fanatisme. Dans de tels systèmes, penser – et plus encore penser autrement – devient un acte subversif. C’est pourquoi tout pouvoir corrompu, qu’il soit religieux ou séculier, s’emploie à réduire au silence les libres penseurs. Penser est une arme létale contre tout ordre fondé sur la peur et la servitude. Mais la pensée authentique réclame un double effort : le courage de s’affranchir des certitudes imposées et l’humilité de reconnaître que la vérité se cherche sans fin.
Comment développer un courage moral
Le courage semble se décliner en deux formes principales : le courage physique et le courage moral. Ils interagissent et se renforcent parfois, mais il n’est pas rare que l’un soit hypertrophié au détriment de l’autre. Le courage physique se manifeste lorsqu’on accepte de mettre en jeu son intégrité corporelle, en affrontant un danger tangible. Le courage moral, lui, se mesure à la capacité d’assumer les risques pesant sur sa réputation, son confort matériel, son statut ou sa sécurité symbolique. Renforcer le courage, sous ses deux formes, c’est avant tout l’exercer. Il s’agit d’agir malgré l’emprise de la peur immédiate — celle qui nous saisit à l’instant de la décision — et malgré la peur prospective des conséquences qui en découleront.
Pour mieux penser, il faut se confronter à de nouvelles idées et les tester
La différence entre un érudit et un sage tient moins à la quantité de leurs connaissances qu’à leur rapport à l’expérience. L’érudit héberge d’innombrables idées dans son esprit ; le sage, lui, en cultive peu, mais chacune a été passée au crible du vécu. Le sage est celui qui a incarné la vérité, plutôt que de la laisser au stade de simple objet de contemplation intellectuelle.
Pourquoi vouloir être en avance sur son temps ?
Parmi les écrivains, les plus malheureux sont peut-être ceux qui ont eu raison trop tôt, au point de demeurer illisibles pour leurs propres contemporains. Sous cet angle, se vouloir visionnaire ou avant-gardiste revient, au fond, à adopter la solitude comme compagne. Pourtant, cette condition n’est pas dépourvue de bénéfices : il n’est guère de joie plus profonde que celle de vivre au plus près de la vérité. Heureusement, disposer d’une génération entière d’avance reste un phénomène rare, ce qui limite l’isolement absolu. Une avance d’une dizaine d’années sur son temps est déjà prodigieuse, et peut devenir une source de nombreuses opportunités, selon le domaine où elle s’exprime.






