Categories: Productivité

« L’IA ne fait pas le travail mieux, mais plus facilement et plus vite » → la commodité tue la qualité (vieux dicton de la Silicon Valley)

Ne soyez pas surpris que l’IA fasse moins bien votre travail. Ce qui compte pour ce qui vous remplace, c’est la rapidité et un standard de qualité bien souvent inférieur à ce que vous avez l’habitude de produire comme résultat final. Industrialiser la pensée n’a jamais été une question de produire sensiblement mieux : cela permet simplement de rendre l’accès à l’intelligence à un coût modique pour une quantité spectaculaire de personnes. Si vous pensez être excellent ou unique dans votre métier, cela ne vous protégera pas nécessairement d’être remplacé, car vos clients ont peut-être changé ou tout simplement disparu. Si auparavant des gens étaient prêts à attendre un certain temps pour accéder à un excellent service ou produit à un prix relativement élevé, à présent ils s’attendent à avoir un produit ou un service correct livrable dans les meilleurs délais et à un prix défiant toute concurrence. Dans l’équation économique, la vitesse et la quantité battent généralement la qualité et la lenteur. Ceux qui peuvent attendre sont une minorité et tout le monde ne pourra pas jouir d’une clientèle premium ; il faudra nécessairement vous adapter, à moins que vous ne fassiez partie d’une infime partie des travailleurs dont les services ou produits touchent une audience qui sait attendre, comme c’est déjà le cas pour les clients de certains produits de luxe (voiture Ferrari, sac de collection, etc.).

L’analogie de la guerre

L’histoire de la guerre a connu les mêmes péripéties. La guerre fut pendant longtemps l’affaire d’artisans. Ceux qui étaient les mieux formés gagnaient généralement. Puis vint la technologie, qui permit à la quantité de l’emporter sur la qualité. L’arbalète permettait à un paysan de devenir très rapidement un élément létal d’une armée, alors qu’auparavant un archer avait besoin de cinq ans en moyenne pour développer à la fois sa musculature et maîtriser son art. L’avènement de l’arquebuse n’est que la continuité de ce processus d’industrialisation que l’arbalète avait initié. Les armées qui ont commencé à essaimer à la Renaissance avaient déjà initié une forme d’industrialisation permettant aux masses de se joindre aux batailles qui, pendant longtemps, étaient l’apanage de l’élite.

N’essayez plus d’être rapide, soyez humain

Si bien sûr ceux qui vont s’allier avec les IA dans leur travail pourront résister plus longtemps à leur propre obsolescence, à la longue, le phénomène auquel on assiste logera tout le monde à la même enseigne. Ce qui en résultera, c’est que la valeur contributive de l’humanité à l’économie se rapprochera inexorablement de zéro. En soi, ce n’est pas un véritable problème, c’est même une opportunité devrait-on dire : celle de vivre plus heureux, du fait d’une humanité débarrassée du travail, bien souvent synonyme de souffrance. Le vrai problème sera d’organiser la société (et la hiérarchie qu’elle implique) au-delà du prisme du travail.

Le salut de l’homme se fera dans sa valeur contributive socialement et humainement, et non plus économiquement, ce qui sont deux choses différentes.

Soyez utile à votre communauté ou ne soyez rien. C’est ainsi que l’on pourra résumer l’adage résumant le nouveau paradigme à venir. Si auparavant on pouvait se satisfaire de « bullshit jobs », ces emplois qui ne contribuent en rien au bien-être des gens – et de ceux qui les occupent –, cette anomalie devra disparaître dans les années qui viennent, car d’une part l’IA s’attaque frontalement à ces emplois et d’autre part le monde aura besoin de personnes qui jouent un véritable rôle humain et social. Si vous croyez que ce phénomène relève d’une fable marxiste, détrompez-vous : il y a eu des précédents : invasion des peuples de la mer, chute de l’Empire romain, etc. Ces derniers ont toujours amené un repli communautaire décentralisé et le retour de la solidarité comme principe premier de survie. La finalité initiale du travail est l’utilité ; or, la complexification de l’économie a rendu certains emplois obscurs à la fois dans leur forme et leur finalité. Le tsunami de l’IA ne va pas seulement rebattre les cartes, il va les jeter au sol, les rendant tout bonnement inutilisables. L’humanité est en train de perdre au jeu qu’elle a elle-même inventé : nous n’allons plus acquérir du statut par le travail que l’on occupera, mais par l’utilité sociale et réelle qu’on apportera.

Repenser l’effort

Si au départ on se faisait une idée noble du travail : servir les autres, se rendre utile, etc. ; dans la pratique, on s’est vite rendu compte que cette idée est souvent corrompue. En effet, on doit bien souvent plus servir des intérêts économiques que des intérêts humains. L’IA et tout ce qu’elle implique (robotisation, etc.), en faisant disparaître le travail massivement, va redonner du sens à l’effort. Notre statut ne dépendra plus d’un travail mis au service d’intérêts parfois contestables, mais de l’effort que l’on fournira pour aider notre communauté et peut-être même bien au-delà. En somme, nous allons redonner ses lettres de noblesse au travail, d’autant plus qu’il ne sera sans doute plus rémunéré.

La culture de l’honneur

Une société où le travail n’a pas de valeur monétaire n’a rien de nouveau. C’est peut-être même la règle si l’on en croit le fonctionnement des petits groupes communautaires dans l’histoire, en tout lieu.

Les petites collectivités n’ont pour ainsi dire pas besoin d’argent, car elles ne sont pas centralisées. L’argent est l’outil de facilitation – et de domination – d’un pouvoir centralisateur. Si vous vivez en petit groupe, c’est l’entraide qui compte. Du moment que la terre vous appartient, vous n’avez pas besoin d’argent, seulement d’une culture informelle de l’honneur qui donne plus d’importance et de prestige aux individus qui servent le mieux la communauté.

L’argent, on pourrait même dire qu’il s’agit de la séparation du prestige de son détenteur.

Auparavant, l’honneur permettait d’une certaine manière d’avoir une richesse qu’on ne pouvait pas nous déposséder facilement, seulement en cas d’offense non réprimée (déshonneur). Pas besoin de coffre-fort : l’honneur venait avec soi où que l’on se trouvât. L’argent a introduit quelque chose de pervers : il a séparé la richesse de celui qui la possédait. Dès lors, les gens peuvent perdre leur richesse facilement. Ils doivent donc organiser leur vie différemment.

Si vous pensez être irremplaçable, vous souffrez du biais cognitif « ça n’arrive qu’aux autres »

Il existe pléthore de figures mythiques qui sont tombées par orgueil. Vous n’êtes pas supérieur à ceux qui ont succombé en croyant que les dieux les avaient épargnés – et même choisis –, qu’ils étaient les élus et que rien ne pourrait leur arriver. L’époque dans laquelle nous entrons pourrait être une nouvelle « zone de turbulences historique ». Le XXIe siècle pourrait étrangement ressembler au XXe siècle, avec peut-être quelques décennies de retard chronologique : prolétarisation de masse en perspective, émergence de nouveaux populismes et peut-être une nouvelle guerre d’ampleur qui prendrait des proportions jamais vues auparavant. Les cieux qui nous contemplent ne sont assurément pas radieux, mais vous pourriez peut-être vous en sortir mieux que les autres en prenant les devants.

L’avenir appartient aux esprits préparés

Pour s’en sortir mieux que 99 % des autres, il faut trois choses : avoir une croyance contradictoire (partagée par une minorité de la population), avoir raison sur cette croyance et vivre et agir comme si cette croyance était vraie. Pour ce qui est de l’IA et de son influence sur le monde, vous pourriez d’ores et déjà faire le pari que votre valeur ne dépend plus de votre contribution économique, mais de votre utilité humaine et sociale dans un monde sur le point de s’effondrer.

Les survivalistes avaient en quelque sorte un peu raison

Si le survivalisme tend à nous faire revenir à un état animal, il a le mérite de nous alarmer d’un danger imminent : celui de voir le monde tel que nous le connaissons s’effondrer sous nos yeux. Si l’idéologie survivaliste peut gêner, car elle semble être une régression civilisationnelle, elle contient néanmoins certaines réponses aux problèmes qui viennent :

  • la nécessité de produire sa propre nourriture ;

  • l’importance de la solidarité humaine ;

  • l’éradication des certitudes qu’a créées le monde moderne tel qu’on le connaît.

Ce qu’on peut rejeter de cette idéologie :

  • la survie comme valeur ultime : parfois, mourir est préférable à vivre indignement ;

  • la prédation érigée en principe premier de survie : c’est la force de la communauté et de la solidarité qui, en réalité, a permis aux humains de subsister.

Vous êtes ce que vous faites

Ne croyez pas qu’il soit simple de changer de paradigme de vie. Des millions de gens dans l’histoire ont été les laissés-pour-compte du changement : ils n’ont pas su adapter leur mode de vie pour faire face aux nouveaux défis que la vie leur soumettait. Ils ont fait le pari de l’immobilisme en espérant que le train du changement n’allait pas les aplatir. En somme, ils ont appliqué la tactique de l’autruche, qui peut fonctionner parfois, mais cela reste l’exception à la règle. Les décisions que vous prenez aujourd’hui conditionneront votre bien-être de demain. Pensez-vous qu’il soit raisonnable de faire le pari de la stabilité dans un monde qui subit des turbulences incontestables ? N’est-il pas plus sage de prendre les devants en faisant le pari que le bouleversement est inéluctable ? Votre meilleur atout dans un monde incertain, c’est votre caractère, vos qualités humaines qui génèrent à la fois confiance et liens durables avec les gens. Les choix éthiques que vous faites aujourd’hui auront nécessairement un effet de levier sur la situation incertaine de demain. Ils conditionneront directement votre capacité à ouvrir des portes ou non.

Votre plus grand atout dans un monde en bouleversement est votre caractère

Si vous n’arrivez pas à créer de la confiance, vous êtes mort. L’une des caractéristiques du monde actuel, c’est la mobilité. Les gens peuvent vous faire un sale coup puis disparaître. Ce comportement sera dangereux dans le monde qui arrive, car on ne pourra pas si facilement voyager et on sera davantage rattaché à sa communauté. Si vous n’avez pas de valeur morale, pas d’honneur, votre valeur sociale est proche de zéro et, dans un monde communautaire, cela signifie la mort. C’est pourquoi vous devriez penser dès maintenant que votre plus grand capital, c’est votre intégrité, votre moralité, en un mot votre caractère. Les temps durs qui viennent auront besoin d’hommes et de femmes fortes. Les temps faciles dans lesquels nous avons vécu toléraient une forme de médiocrité de caractère, ou du moins, les gens de peu pouvaient passer entre les mailles du filet. Dans les années qui viennent, les mailles vont se rétrécir, de telle sorte que les gens à la moralité douteuse n’auront plus d’autre choix que de se réfugier dans l’extrême marginalité, car ils auront été évincés des communautés protectrices.

Pour ceux qui veulent encore tirer profit de l’ancien monde

Il existe encore une fenêtre d’opportunité de quelques années qui permettra aux gens astucieux de s’enrichir en montant un business à l’aide de l’IA. Vous pourriez aider les entreprises à opérer leur transition vers l’IA avant que le monde ne s’écroule. Dans ce court laps de temps, vous aurez en effet la possibilité de devenir riche et de peut-être vous acheter une place dans un bunker isolé avant que le monde ne change pour de bon…

Le bunker, le symbole funeste du monde de demain

Les milliardaires de la Silicon Valley et d’ailleurs ne font pas que préparer le monde de demain pour la planète entière, ils se protègent aussi des éventuelles conséquences du monde qu’ils auront eux-mêmes créé. Le symbole qui contredit le plus l’optimisme affiché par les leaders de la Tech est leur engouement pour la construction de bunkers sur des îles qu’ils possèdent, perdues au milieu de l’océan. Comment donner du crédit à leur parole quand leurs projets immobiliers les trahissent si vertement ? Ces patrons jouent avec le feu et ne sont pas tous prêts à assumer les conséquences de leurs choix stratégiques. Le risque que les choses tournent mal est loin d’être nul et ces gens-là, qui sont aux commandes et bien placés pour le savoir, n’ignorent plus ce danger. Une voiture qui n’aurait aucun risque d’accident aurait-elle vraiment besoin d’airbag ? Quand le risque apparaît, la nécessité de s’en protéger existe aussitôt. Maintenant, reste à savoir à partir de quelle probabilité de manifestation de ce risque un équipement devient utile : 5, 10 ou 50 % ? Pour ce qui est du bunker, le risque de cataclysme planétaire est sans doute évalué à moins de 5 % au cours des 10 prochaines années. Bien que réduit, s’en prémunir pour quelques centaines de millions de dollars est raisonnable quand on possède des dizaines de milliards de dollars qui dorment sur un compte ou travaillent sous la forme d’actions.

Edward

Recent Posts

Est-ce la vie ou la mort qui vous attire ?

La thanatophilie engage un rapport complexe à la finitude, où la mort est aimée pour…

3 semaines ago

Comment s’adapter à un monde qui change à tout vitesse ?

Si vous êtes suffisamment vieux — vous avez plus de 30 ans —, vous savez…

1 mois ago

Ne cherchez pas à optimiser votre vie, cherchez la satisfaction

Il y a des vies qui sont passées à vouloir tout optimiser tout le temps.…

2 mois ago

L’amour peut aussi aider à colmater le passé

La perception du temps passé est altérée en permanence. Si, à un instant T –…

3 mois ago

La seule richesse qui vaille est celle d’avoir un cœur pur

Le monde de toile ne parle souvent que d’argent et de notoriété alors même que…

6 mois ago